Claude Berlie-Caillat

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Claude Berlie-Caillat est né en 1952, à Chambéry (Savoie).
Sa première approche de l’expression artistique s’est concrétisée par le biais de la peinture au milieu des années 70. Mais les voies trop académiques qu’il a emprunté à l’époque le déçoivent : « Je ne m’y sentais pas bien, je ne voyais pas la troisième dimension. Je suis physique, et en peinture on travaille toujours en deux dimensions ». Alors qu’il hésite encore sur le chemin artistique à emprunter, tâtant les pinceaux, les mots, les sons, un périple en Orient lui dévoile son destin :

J’ai vécu une expérience formidable en Inde. Arrivés dans un village, nous sommes invités à boire un thé. On s’assoie et on nous amène des petits verres coniques pour boire le thé. Je commence à toucher le verre et je remarque qu’il n’est pas cuit ! Effectivement, il y avait un potier à coté de nous qui tournait sur une roue en pierre et qui faisait les bols au fur et à mesure que les clients arrivaient. Une fois qu’on avait bu, la terre avait pratiquement fondu. Il récupérait alors la terre redevenue glaise, la remettait dans sa caisse, la rebattait et recommençait à tourner. Avec 20 kilos de terre, le potier pouvait faire 300 bols par jour.

Captivé, Claude Berlie-Caillat engage la conversation et s’essaie au tour sous l’œil amusé des indiens. Sans grand succès, avant que le potier ne vienne lui prêter main forte. “On est resté là toute la matinée, et il m’a appris sa technique”.
Poussant son voyage jusqu’au Népal, il côtoie d’autres céramistes et ose participer aux enfournements dans un petit atelier, malgré son inexpérience du moment. Ainsi, à travers ses voyages orientaux et ses rencontres, Claude Berlie-Caillat a cotoyé une authenticité et une intensité qui l’ont enfin placé sur la voie de la céramique. “Quand je suis rentré, je savais qu’il fallait que je travaille chez un potier céramiste”.
Fasciné par les manipulations de la matière, l’artiste s’est donc immergé auprès des plus grands. Après un passage chez René Chaix à la Poterie du chevalier Bayard pour acquérir les bases, il fait ses véritables armes en 1979 auprès de Jean Girel, personnalité réputée et fédératrice du monde de la céramique. Puis il monte sa propre “boutique” de tourneur céramiste à Challes-les-Eaux, en Savoie. Son départ pour la Réunion va se jouer dans cet atelier en 1982. Un hasard, une opportunité :

Un gars est rentré dans la boutique, un ancien de Madagascar qui faisait de la chaux, de la céramique, et des boutons de chemise en porcelaine. Il m’a dit : si ça vous intéresse, vous reprenez mon atelier de Saint-Denis à la Réunion.

Le défi est aussitôt relevé.
Sur l’île, Claude Berlie-Caillat découvre les galets des lits de rivières et le volcan. C’est un deuxième coup de foudre avec la matière, le basalte, cette fois. Parallèlement il met au point une terre “péi” et en 1993, « pour militer et développer la céramique », il crée Art Sud avec son ami peintre Michel Delprete. Ils s’installent à Saint-Joseph, dans le sud de l’île. Les actions culturelles débutent en direction des écoles et font découvrir aux enfants l’art de la terre, encore inconnu à la Réunion. Les premières formations dédiées à la céramique sont mises en place deux ans plus tard tandis que Claude Berlie-Caillat poursuit ses investigations artistiques autour du basalte et le magnifie à travers des œuvres contemporaines.
Aujourd’hui directeur d’Art Sud et sculpteur céramiste reconnu sur un plan international, le pionnier des arts du feu à la Réunion poursuit sa démarche culturelle et expérimente depuis plus de quinze ans les techniques de fusion et d’émaillage autour du basalte, dans son atelier sudiste et sur les pentes du volcan (Piton de la Fournaise). // Valérie Koch