Patrick Norton

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
De La Réunion à sa sœur mauricienne… pour sa résidence de fin d’année 2019, le Centre des Arts du Feu Art Sud a accueilli le plasticien mauricien Patrick Norton, pour une rencontre « Au fil du feu ».

À la fois poète (correspondant mauricien officiel du concours francophone « La poésie en liberté », auteur du recueil de poésie « L’embrasure de la liberté », publié en 2016), plasticien, auteur, compositeur, interprète, Patrick Norton est un artiste aux multiples facettes. Installé dans le village du Morne, le Mauricien est également filographe. Depuis quelques années, il remet l’art du fil tendu à l’honneur, créant des tableaux minutieux dans son petit atelier au pied de la célèbre montagne mauricienne, ancien sanctuaire des esclaves marrons et classée patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 2008. Ce sont les premières années de sa vie, consacrées à la mer, qui lui ont enseigné la patience autour de la manipulation des fils.

« Le travail du fil, c’est l’art de la mathématique », note-t-il.

Il s’agit en effet de calculer et d’anticiper l’entrelacement de fils et de couleurs sur un plan fixe pour obtenir des images, et suggérer l’ombre et la lumière.

S’il travaille habituellement le fil coloré de coton perlé sur des supports bois pour des œuvres plutôt figuratives (visibles à l’exposition « Au fil du feu », à la médiathèque de Saint-Joseph), à Art Sud et sous l’impulsion de l’artiste Claude Berlie-Caillat, il a été très inspiré par l’environnement du feu. Il s’est ouvert à de nouvelles perspectives de travail, plus expérimentales, associant différentes matières (terre basaltique, bois brûlé, émaillage) pour les « backgrounds » (fonds) et fils de cuivre autour des supports clous, réalisant ainsi des œuvres plus conceptuelles en deuxième partie de résidence.

Cette résidence d’artiste à Art Sud a également été marquée par la présence de Yennie Dan Zil. Compagne de Patrick Norton, la photographe (école londonienne), mais aussi peintre et décoratrice finlandaise a souhaité l’accompagner à La Réunion, pour découvrir l’île. Mais ce fut au-delà, l’environnement volcanique l’ayant plongée dans une orgie de toiles imprévue. Il faut souligner que Yennie est issue d’une famille d’artistes. Armée de quelques pinceaux et couleurs, elle s’était imaginé réaliser quelques peintures en souvenir de sa visite. C’était sans compter l’énergie de notre terre volcanique. Devant son enthousiasme, Claude Berlie-Caillat l’invitait donc à s’épancher. Et ce fut 25 œuvres abstraites, de pigments et sable volcanique, grands et petits formats, autour du cercle (le cône volcanique), qui naquirent en parallèle de la résidence de son compagnon.

« Je ne m’y attendais pas, je n’ai jamais fait ça », explique-t-elle avec humilité, « mais j’ai pris beaucoup de plaisir à peindre dans cet environnement, entre création et expérimentations ».

Résultat, un métissage énergétique entre les traits des fils tendus de Patrick et les arrondis enveloppants des pinceaux de Yennie.

Pour prolonger l’exposition qui se tenait à la médiathèque de Saint-Joseph jusqu’au 2 janvier 2020, vous pouvez donc découvrir les toiles de Yennie Dan Zil à la galerie d’Art Sud, aux côtés des dernières créations de Patrick Norton, lequel dévoile son travail de filographe pour la troisième fois seulement (installation pour « Port-Louis by light » puis exposition en solo au centre Nelson Mandela à Maurice). Jusqu’au 27 mars 2020. //VK (photos © Valérie Koch – Tous droits réservés)